Quel photographe n´a-t-il pas tapé sur Google « comment obtenir un look ciné en photo » ? Et pour cause, même si la pratique est éculée, il semble qu´on souhaite tous s´y essayer à un moment donné. Mais la chose n´est pas aisée pour le profane. D´abord il y a la composition elle-même. L´angle choisi, la focale, le sujet, les perspectives.. tout celà contribue au résultat final, et ensuite seulement le travail colorimetrique vient achever le processus. Ici le livre que tient Pauline vient se présenter en premier plan, ce qui donne malgré la courte distance du sujet, une certaine profondeur à l´image. Le choix d´une focale de 55mm et l´ouverture du diaphragme à 1.8 rend ce premier plan flou, et permet au spectateur de se sentir plongé vers le sujet principal. Cette technique est communément utilisée pour le cinéma, et l´inconscient de chacun d´entre nous, abreuvé de culture cinématographique, vient alors spontanément convoquer cet univers. La source lumineuse (ici une fenêtre hors cadre) vient frapper le visage de Pauline à 45 degrés en contrebas. On obtient un schéma lumineux bien connu en peinture et qu´on appelle « Rembrandt », avec une partie du visage moins éclairé, formant un triangle lumineux sous l´oeil droit, et donnant ainsi du volume au visage. Voilà pour la composition et l´angle choisi. La base indispensable au look cinéma est ici acquise. Reste le plus simple : le travail de la couleur et des tons, ou l´étalonnage. J´ai choisi pour cette scène d´intérieur de mettre du bleu-cyan dans les ombres, du bleu également dans les tons clairs (on le voit sur les pages blanches du livre), et de pousser les tons oranges dans le gris moyen (la peau de Pauline entre autres). Puis quelques réglages mineurs ensuite comme diminuer le contraste et aussi la netteté, viennent achever l´entreprise. Bon film !
On s’était dit« allez, on se fait une séance pour rire ? »
Et puis ce jour d’août est venu, et malgré la confiance et l’estime qu’on se porte mutuellement, bah on balise ! Une première reste un première..
Alors on se prépare. J’ajuste le matériel rudimentaire qui à l’époque me servait de source de lumière, Colyne organise mon salon transformé en studio photo, et Justine cherche des idées de poses sur internet. Elles s’attendent quand même à repartir d’ici avec des clichés de qualité. Et puis la plage les attend, donc on ne perd pas de temps.
Les premiers essais sont balbutiants, hasardeux, mais tout le monde se prête au jeu. On diversifie les poses, les supports, les règlages, et puis finalement très vite nous sommes très investis et davantage productifs. Nous gardons le rythme une bonne heure durant, puis vers midi nous décidons d’arrêter. Les estomacs crient famine, et la plage attend les filles.
Devant nos assiettes pleines, nous sélectionnons ensembles les clichés intéressants. Et déjà les images nous confortent dans l’idée que nous n’avons pas perdu notre matinée : les premiers résultats sont encourageants. A suivre donc avec le post traitement.
Les filles se font dorer la pilule sur la côte, et je passe mon après midi enfermé à travailler les images, faire des choix de développement, de colorimétrie, etc. Je suis satisfait. Tellement satisfait que je leur envoie aussitôt les premières photos traitées. Elles sont ravies, et moi aussi.
Plus tard ces portraits ont trouvé leur place sur mon site internet, et certains ont fait l’objet de tirages photos encadrés, et de cadeaux de Noël. La finalité de la photographie reste le tirage papier, nous en reparlerons dans un prochain article.
La « séance pour rire » est donc devenue « Première séance portrait » pour ma part. Je ne l’oublierai pas.